Interview de Gaëlle Fily, animatrice de Wiki-Brest et de Brest en communs

, par  Michel Briand , popularité : 12%

Animatrice de Wiki-Brest depuis son arrivée au service Internet et expression multimédia de la ville de Brest en 2007, Gaëlle Fily a aussi co-animé les dernières éditions de Brest en biens communs (2009) devenu Brest en communs 2017. Retour avec elle sur ces projets ancrés dans une culture de la coopération et du partage. Cet article est découpé en deux pour donner la place à la description de Wiki-Brest dans une seconde partie.

Bonjour Gaëlle est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Je travaille à la ville de Brest au service Internet et expression multimédia [1] depuis maintenant 11 ans et je suis animatrice de projets numériques sur différents projets comme Wiki-Brest, Brest en communs, et j’ai travaillé aussi un sur l’innovation sociale [2]

Si tu devais donner quelques mots clés pour te présenter tu dirais quoi ?

à l’écoute, en attention : je suis quelqu’un qui est plutôt dans une posture d’écoute que dans une posture de prise de parole ; cela m’a permis quand je suis en animation de pouvoir bien m’adapter aux différentes publics avec qui j’ai pu travailler ou que j’ai pu accompagner.

En action  : je préfère être en action plutôt qu’à formaliser, j’aime bien quand cela bouge et le faire ensemble.

Passionnée  : quand les choses ne me passionnent plus autant, j’ai tendance à avoir un investissement un peu moins fort.

Qu’est-ce qui fait qu’un moment donné tu t’es impliquée dans la coopération ?

C’est plutôt venu d’une posture professionnelle que personnelle, même si ensuite cela a dépassé la sphère professionnelle. Au départ, alors que je travaillais au cyberespace de Landerneau, j’ai été assez rapidement inclue dans le réseau des animateurs multimédia initié à travers le projet de centre de ressources coopératif du pays Brest [3] porté par le service. Grâce au centre de ressources on a appris à travailler ensemble, à coopérer, à échanger nos pratiques et nos ressources.

Ensuite en arrivant dans le service Internet et expression multimédia, je suis un peu tombée dans le bain puisque cette notion de coopération était partie prenante de la politique menée par l’élu de l’époque [4]. Tous les projets étaient menés selon cet angle de la coopération et dans tout ce que j’ai entrepris par la suite j’ai cherché des manières de faire participer le plus grand nombre aux projets. Mon poste d’animatrice à Landerneau était mon premier métier et je n’avais donc pas d’autre expérience professionnelle associée à la coopération auparavant. Dans ma formation (BTS informatique de gestion) ces questions de coopération n’étaient pas abordées dans les différents apprentissages. mis à part comme la plupart des formations à travers la réalisation de quelques projets à 2 ou 3 étudiants.

Beaucoup d’animateurs multimédia ont commencé leur carrière professionnelle sur ce type de poste en tant qu’emploi jeune, cela a été mon cas. Nous étions pour la plupart isolés, souvent seuls dans les espaces avec nos publics. Dans la communauté de communes dont Landerneau fait partie, nous étions plusieurs animateurs sur différents communes mais nous avions peu d’occasion de nous rencontrer. A partir du moment où le centre de ressources coopératif a été créé une dynamique s’est mise en place et on a commencé à se voir, à réfléchir ensemble à nos projets, a participé à des événements en commun notamment avec l’animateur de Daoulas et celui de la Roche Maurice. Cette dynamique m’a plu. Par la suite j’ai eu l’opportunité de venir travailler dans le service sur des projets collaboratifs comme Wiki-Brest sur lequel j’avais commencé à contribuer à Landerneau avec les usagers.

Est-ce que tu peux nous présenter un ou deux projets collaboratifs auquel tu as pu participer ?
Le projet wiki-brest fait l’objet du second article, interview de Gaelle Fily

Après Wiki-Brest je voudrais évoquer Brest en communs que j’ai coordonné dans ces dernières éditions.

Sur Brest, très vite un terreau favorable à la naissance de communs a été initié à travers une politique notamment axée sur l’écriture partagée et la notion de réutilisation des contenus. Plusieurs projets de sites participatifs ont vu le jour (certains associatifs, d’autres portés par la collectivité), un accompagnement sur les cartes ouvertes avec OpenStreetMap et l’outil Chimère a été largement diffusé et la naissance de projets comme Wiki-Brest [5] ont fait émerger des savoirs sur le patrimoine local accessibles et réutilisables par la plus grand nombre. Beaucoup d’associations, sensibles aux questions de publication en licence libre, rendaient déjà accessible leurs contenus.

Très vite on s’est rendu compte qu’il y avait plein de ressources librement réutilisables que l’on n’appelait pas encore communs à ce moment-là. C’est dans ce contexte qu’est intervenue la décision d’organiser un événement qui montre la richesse des initiatives portés par les brestois autour du partage de contenus. La première édition « Brest en biens communs de 2009 » portait uniquement sur des communs numériques puisque c’était le réseau avec lequel travaillait le service Internet expression multimédia.

Au fur et à mesure des éditions le panel d’acteurs s’est élargi. Le service a sollicité des acteurs des communs avec qui il avait moins l’habitude de travailler, notamment sur le volet culturel ou auprès du réseau des jardins partagés. On a commencé à se rendre compte que de plus en plus de gens étaient dans ce type de pratiques sans forcément les nommer des communs. Au fur et à mesure on leur a proposer d’intégrer les différentes éditions. Certains services de la collectivité ont également été invités à prendre part au festival, au même titre que l’Ecologie urbaine pour qui la biodiversité est un commun.

Sur Brest en communs comme sur Wiki-Brest se pose aussi la question de l’autonomisation des acteurs ?

En 2017 pour la cinquième édition, le service a fait le choix d’organiser un temps fort, pour les acteurs des communs où ces derniers ont fait remonter cette envie de pouvoir se libérer un peu de l’accompagnement de la collectivité, ainsi que l’envie de se rencontrer en dehors du festival Brest en communs. Depuis octobre 2017 , la première rencontres a été impulsée par la Ville, mais avec l’idée que pour les suivantes les acteurs se sentent légitimes à organiser eux-mêmes des rencontres sur des thématiques qui les concernent tous ou en petits groupes comme sur l’économie des communs ou la manière de diffuser la notion de communs [6]. Le service a voulu leur laisser la main afin d’être force de proposition de rencontres ou d’initiatives et par la suite devenir un collectif, mais actuellement, il s’agit plutôt d’un réseau.

En 2017, on a changé la formule, le festival dure à présent une semaine au lieu de deux, Brest en biens communs est devenu Brest en communs [7] et on a émis le souhait de donner à voir les communs tout au long de l’année et pas uniquement tous les deux ans. Le service a proposé aux acteurs qui se sentaient appartenir à ce mouvement des communs d’utiliser un logo estampillé « Brest en communs ». Ils peuvent l’apposer sur leur plaquette, affiche ou site pour indiquer que leur événement ou leur action de manière plus générale fait partie du mouvement des communs à Brest. Pour le moment ce qui fonctionne bien c’est l’apposition du logo sur les affiches. Cela a concerné une bonne dizaine d’événements depuis un an : Sciences Hack Day, Beaux Dimanche et Fête de la Bretagne - Brest la Fest’Yves par Vivre la Rue, Fêtons la boite à dons du collectif Coucou Recou, Repaire Café d’un peu d’R, l’inauguration du 214, les 5 ans de doc@brest, ....

Notre volonté est de vulgariser les communs de les rendre compréhensibles par le plus grand nombre parce que cela reste encore connu d’un milieu d’initiés. Ce logo a été créé pour donner à voir les communs à des gens qui ne sont peut-être pas du tout sur ces questions, de les habituer à voir ce logo pour qu’ils se questionnent « qu’est-ce que sont ces communs ? ». Dans cette idée de pédagogie et de communication on a aussi édité un petit livret "Un commun c’est quoi ?" (inspiré de l’exposition créée dans le projet Remix The Commons) qui explique la notion de commun en montrant surtout des exemples concrets qui peut-être ne se nomment pas communs mais qui pour nous font partie de ce mouvement. Et ce livret voyage aussi sur d’autres villes (Roumics à Lille, ville de Grenoble) qui s’en inspirent pour communiquer autour des communs dans une édition locale.

Qu’est-ce qui t’a plus dans Brest en communs ?

Comme pour Wiki-Brest, Brest en communs touche une grande diversité de publics et on se rend compte qu’il y a des communs qui fleurissent partout : logements participatifs, d’AMAP, d’Incroyables Comestibles, ... Cela questionne aussi les modes de gouvernance des différentes organisations et là on est sur quelque chose qui met tout le monde sur le même pied d’égalité. C’est cela qui est intéressant dans les communs : tout le monde trouve sa place et tout le monde va pouvoir être force de proposition dans les décisions qui sont prises de manière collégiale. C’est ce fonctionnement qui me plaît.

Est-ce qu’il y a d’autres services de la ville qui participent en dehors de l’écologie urbaine cité précédemment ?

Le réseau des médiathèques y participe depuis le début.

Les archives sont présentes depuis deux ou trois éditions. A présent le site des archives municipales proposent quelques images librement réutilisables en téléchargement. Le service a également invité leurs donateurs à se questionner sur la réutilisation possible de leurs archives, une convention leur permet de contractualiser leur décision.

Brest a intégré un projet Erasmus + « Enacting the commons » (Mettre les communs en action) initié par la 27e Région pour faire monter en compétence les acteurs publics sur la question des communs. Ce projet va permettre d’organiser des mobilités européennes (de quelques jours) où les acteurs des Villes de Brest, Grenoble, Lille et de trois associations vont aller rencontrer différents communs « en acte » sur différents territoires en Europe. On espère que ce projet permettra d’essaimer cette notion au sein de la collectivité en associant différents services.

Qu’est-ce qui te semble, à travers les projets auxquels tu participes, difficile pour amener les gens à coopérer ?

Cette question de la coopération est culturelle, dès l’enfance on nous a tout de suite appris qu’il fallait qu’on cache notre copie, qu’il ne fallait pas regarder sur le voisin et on se rend compte que tout cela est complètement faux. En partant d’un bout de projet déjà écrit par quelqu’un, on va aller beaucoup plus vite, on ira voir des aspects que l’autre n’a pas vu et on va faire monter en puissance son projet en pouvant s’appuyer sur des choses déjà réalisées. Je pense qu’au contraire on gagne à montrer sa copie plutôt qu’à la cacher ! On gagne en termes d’intelligence collective. On dit bien "Seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin". Sur Wiki-Brest je suis sur un public plutôt âgé et je pense que ce changement de culture n’est pas toujours intégré par ces personnes.

Et du côté de la facilitation ?
Sur la question des communs, il y a aujourd’hui beaucoup d’initiatives ; plein de projets qui sont portés en ce moment s’apparentant aux communs dans la façon de penser la ressource, la gouvernance. Dans ces initiatives, il y a plus de facilité à coopérer, on est avec un public qui a envie de faire bouger les lignes et qui pense la gouvernance différemment. Ce contexte des communs fait que c’est plus facile de collaborer.

Est-ce qu’il y a des personnes ou de lectures qui t’ont inspiré sur la coopération ?

Plutôt sur les communs que sur la coopération, il y a une personne qui publie beaucoup et que je trouve vraiment intéressante à suivre sur cette question-là c’est Lionel Maurel à travers son blog Silex. Il arrive vraiment à rendre l’actualité intelligible sur tout ce qui a trait à la propriété intellectuelle. Il y a parfois des sujets d’actualité sur lesquelles je n’ai pas décelé le risque d’enclosure, d’enfermement de la connaissance, Calimaq (son nom d’auteur) aura réussi à mettre le doigt sur le danger de certains textes de lois ou les pratiques abusives de certains établissement culturels. Il arrive à alerter dans des articles très pointus, compte tenu de ces compétences de juriste, mais qui sont très accessibles.