Robustesse et municipales : contribution de Laurent Marseault au webinaire du 21 janvier

, par  Michel Briand , popularité : 23%

Suite à la création de la communauté apprenante "Robustesse, territoires et collectivités" un groupe de travail a été constitué sur la prise en compte de la robustesse aux municipales de mars 2026. Une première initiative est ce webinaire du 21 janvier avec une introduction au débat par Laurent Marseault qui a été contacté par plusieurs listes sur ce sujet.

Un second document à venir reprendra les échanges qui ont suivi.

Texte en invitation au webinaire

Laurent Marseault qui est intervenu auprès de listes candidates aux élections sur Robustesse et municipales introduira la discussion (30 mn)
 Comment la robustesse questionne la dimension du territoire local ?
 Comment habiter un monde fluctuant ?
 La Robustesse un angle mort des programmes ?
 Quelles facettes de la robustesse et de la santé commune à mettre en avant dans les prochaines élections municipales ?

Suivi d’un échange entre participant.e.s.

Une trentaine de personnes ont suivi ce webinaire

Intervention de Laurent Marseault

Introduction : d’où je parle de robustesse

Je m’appelle Laurent Marseault depuis tout petit, mon vrai métier est animateur nature. Je me suis spécialisé sur un seul animal, donc homo sapiens dit sapiens pour aider cet animal bizarre à coopérer, collaborer, fonctionner en réseau, en travaillant sur trois grands leviers :
-* Le premier levier, c’est un travail sur la posture } : choisir de faire ensemble, c’est un choix politique, choisir de coopérer, c’est un choix politique.

  • Deuxième levier sur lequel je m’amuse beaucoup, ce sont des techniques d’animation. Une fois qu’on a décidé de faire ensemble, comment on anime cela ?
  • Et le troisième levier, ce sont les outils numériques, parce que maintenant, on sait faire des séquences d’intelligence collective en présence, avec des personnes, c’est assez facile, il y a des gens qui sont formés pour ça, il y a de très bonnes formations. Par contre, si on souhaite que cette dynamique perdure à distance, là, le numérique capacitant est super important.

C’est un peu la trilogie sur lequel je m’amuse. J’accompagne plutôt les acteurs des transitions, donc plutôt les gens qui on envie que le monde aille mieux.

Et donc, rencontre avec Olivier Hamant, il y a quelques années, où on voit les gens qui, à la fin des conférences ou après la lecture des bouquins, ont les yeux qui pétillent et les oreilles qui frétillent et qui ont envie d’y aller. Des personnes qui sont enthousiastes, des personnes qui sont joyeuses et c’est assez intéressant, parce que d’habitude, quand on réunit des gens autour des enjeux de développement durable ou des transitions on constatait deux choses.

  • La première, c’était que l’on avait ce que j’appelle les toujours là, des personnes qui, quels que soient les sujets de transition dont vous parlez, hop, ils sont là. Vous parlez de lutter contre un grand projet inutile, ils sont là ; vous parlez des femmes battues, ils sont là ; vous parlez des migrants, ils sont là. C’est ce que j’appelle les toujours là et puis, il y a des personnes qui ne sont jamais là, des personnes, qu’on ne voyait jamais. En parlant de robustesse, on voit arriver des personnes qui, d’un seul coup, disent : ah, mais c’est très intéressant, donc cet élargissement c’est intéressant.
  • Et la deuxième chose, c’est qu’on voit à la fin de ces conférences, des gens qui sont joyeux alors que quand on parle de tous les problèmes du monde, où on dit qu’il faut un peu se bouger, parce que si on continue comme ça, cela risque de piquer, on voit des personnes qui, à la fin, sont totalement déprimées. Effectivement, le constat est fait, maintenant, on sait donc, si les gens ne font pas, c’est qu’ils ont un peu décidé de ne pas faire. Quand on présente aux personnes des mondes qui ne vont pas bien, on voit vraiment des gens qui désinvestissent parce que le ratio de quantité d’informations "maléfiques" par rapport aux propositions qu’on peut leur faire n’est pas forcément en notre faveur. Du coup, deuxième intérêt de l’idée de la robustesse, en tous les cas moi, ce qui m’a beaucoup intéressé, c’est de voir de nouvelles personnes, des gens qui sont joyeux et ont envie d’y aller.

Avec un complice en Belgique qui s’appelle Gatien Bataille, on a proposé à Olivier de monter une formation pour aider à passer du concept à l’opérationnel : il y a des gens qui sont chauds comme des pendules, maintenant comment on peut les accompagner dans leur parcours, dans leur processus pour qu’ils transforment leur "envie de" en quelque chose. On a fait ces formations qui ,rapidement, ont eu un petit peu de succès. Donc, on a mis en place le site La robustesse.orget on a monté les cafés robustes et avec l’aide de Michel, on a, en septembre, impulsé les communautés apprenantes de la robustesse. On a très rapidement formé des démultiplicateurs, des personnes qui sont capables de faire des conférences, des formations, avec l’idée que cette notion ne soit pas privatisée par une personne, ou privatisée par par un groupe, mais qu’au contraire, cela reste une notion vivante en phase avec Olivier Hamant là-dessus, avec une dynamique qui se crée autour du sujet.

Pourquoi cette notion de Robustesse interpelle

Cette notion de robustesse percole doucement et cela s’accélère même, c’est une notion qui est en train de se répandre à droite, à gauche avec quelques émissions grand public qui ont permis que ce soit diffusé et ça fait sens y compris pour des personnes qui sont partie prenantes de futures équipes municipales. Dans ce cadre-là, j’ai été sollicité par deux équipes (et d’autres en cours) : "Tu ne voudrais pas nous parler un peu de robustesse, parce qu’on aimerait bien inscrire cette notion de robustesse dans notre projet politique ? et est-ce que tu peux nous aider à cela ? Avant d’expliquer les interactions qu’on a eues avec eux, je vois trois grandes raisons qui font que ces personnes-là sollicitent la robustesse.

  • La première grande raison, c’est le fait de pouvoir réenchanter la démocratie. Actuellement la démocratie, n’est pas trop trop en forme et il y a des personnes qui croient encore en cette belle idée, et cette belle idée, il faut absolument qu’on la nourrisse. Dans ce cadre-là on va essayer de faire monter les curseurs de la démocratie chez nous et travailler sur ce qu’on appelle les premiers kilomètres de la démocratie, de la même manière qu’on parle des premiers kilomètres de l’alimentation. Les premiers kilomètres de la démocratie c’est à minima, l’endroit sur lequel on peut agir, et peut-être que l’idée de robustesse peut nous intéresser dans ce cadre-là. Dans la robustesse, il n’y a personne qui vous dira : il faut faire ceci, c’est un chantier, c’est un chemin qu’on ouvre. Voilà, ce chemin là, on a envie de l’ouvrir à minima, au sein de la liste et à maxima, pourquoi pas, avec les habitants du territoire.

 Deuxième raison : faire face aux fluctuations : ce sont des personnes qui qui disent : "nous, on est conscients, on a un peu écouté autour de la robustesse, avec ce constat que nous sommes dans un monde fluctuant et qui va fluctuer de plus en plus. Forcément, on va être aux premières loges et donc, il nous faut, en tant que future équipe municipale, se préparer à ça", c’est de l’analyse de risque ++. Face une fluctuation, comment on peut gérer ça avec cette idée de de pouvoir assurer de la stabilité dans un contexte fluctuant. C’est là pour moi la deuxième raison, qui était très clairement exprimée de la part des personnes.

- Troisième raison : réparer la santé commune : la robustesse c’est vraiment de cette phrase en deux parties "comment rester stable à court terme et viable à long terme". Rester stable à court terme, c’est faire des tests de fluctuation, par contre comment rester viable à long terme ? comment se débrouiller pour réduire l’ampleur des fluctuations auxquelles on va être confronté. Et ça, c’est forcément travailler la santé commune ; c’est dire que nos projets au 21ème siècle ne doivent, à minima, pas dégrader la santé commune et, à maxima, doivent réparer la santé commune. La santé commune c’est la santé des personnes, la santé des sociétés, la santé des écosystèmes, et dans l’écosystème, l’eau, le sol, la biodiversité. Dire cela, signifie que cette idée de santé commune, peut devenir un projet politique au niveau de notre territoire. On a envie de prendre soin et de réparer la santé commune. Quand on est dans un ministère à Paris s’occuper de la santé commune au niveau intergalactique, c’est un peu compliqué, par contre en proximité quand on est sur un territoire, le nombre d’idées et le nombre de leviers est important. On s’aperçoit qu’il y a des personnes qui déjà travaillent là-dessus, qui font quasiment du robuste "déjà là", et il y en a plein. Donc, on peut se débrouiller en tant qu’élu, non pas d’imaginer qu’on va avoir la lumière divine le jour où on sera élu, et d’un seul coup on sera intelligent et on aura des solutions pour tout le monde, mais de dire : voilà, dans notre projet politique, on a envie de travailler à la santé commune. Quels sont les acteurs du territoire qui déjà font ça ? et comment on va se débrouiller pour donner à voir, pour mettre en lien, pour simplement reconnaître ce que font les gens pour que, du coup, ce robuste déjà-là, on puisse le le faire fructifier, le faire se connecter et le faire coopérer pour que ça puisse fonctionne pas.

Ce sont les trois grandes raison, si je résume, en premier, réenchanter la démocratie, donc ce fameux premier km de la démocratie ; en second ça va tanguer en donc, forcément, durant notre mandat, on va être confronté à des choses auxquelles on n’a pas pensé et si vous pouvez nous aider à penser cela va, ç’est peut- être une bonne idée. Et en troisième chose, c’est un projet politique de dire : nous, ce qu’on veut, c’est que ce territoire soit en meilleure santé, au sens Michel Serres du terme, très, très large.

Ça peut être un projet politique extrêmement rassembleur, parce que des personnes qui vous disent : en fait, non, je n’aimerais pas que le territoire, que les gens soient en bonne santé et que la société soit en bonne santé en fait, il y en a assez peu. Cela peut vraiment être un projet qui peut transcender les considérations locales et certains projets politiques d’élus. Ce que je présente, c’est un témoignage, ce n’est pas la vérité. Donc, vous mettrez plein de guillemets et puis, surtout, c’est un vrai sujet vivant.

Les fluctuations

L’élément sur lequel on travaille tout de suite après ce sont les fluctuations. Quand on dit aux gens : voilà, ça va tanguer, ils comprennent assez bien. Souvent ce que je fais, c’est expliquer qu’une fluctuation ce n’est pas qu’on appelle les tendances et la différence entre des tendances et des fluctuations n’est pas toujours claire dans la tête des personnes. Une des caractéristiques des fluctuations, c’est qu’on sort de la moyenne, dans des fluctuations on sort de l’écart-type. Par exemple il y a de moins en moins d’argent public qui arrive de l’état pour les collectivités locales, ça, c’est une tendance et donc, du coup, ça va diminuer régulièrement. Peut-être cela va augmenter un peu une année puis cela va diminuer ; la tendance, c’est que ça diminue. Ce n’est pas une fluctuation, on n’est pas du tout dans le feu on n’est pas dans un début de test de robustesse.

Ensuite on explique que l’on a identifié trois types de fluctuations.

Fluctuation de niveau 1 :

Une fluctuation de niveau 1 , cela va nous secouer un peu mais on va revenir dans notre état d’équilibre précédent. L’exemple de ça, c’est, pour beaucoup de de deux territoires, le covid. Le covid nous a un peu secoué, il a fallu qu’on s’organise, on a eu des trucs un peu un peu absurdes, mais quelques années plus tard, on est revenu à peu près à notre état d’équilibre précédent. Il y a plein de gens qui ont pu dire : on va apprendre plein de choses de ça, mais grosso modo, on est revenu, pour la grande majorité des personnes, à notre état d’équilibre précédent et on garde cela comme une expérience vécue ensemble. C’est ce qu’on appelle les fluctuations de niveau 1, mais ceci dit, ça vaut le coup de se préparer un peu sur des fluctuations de niveau 1.

L’exemple de ça, c’est une commune, pas loin d’ici du côté d’Uzès -qui s’appelle Belvézet qui à la suite du covid ont fait une immense analyse de qu’est-ce qui a fonctionné et qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? est-ce que s’il y avait du robuste déjà là ? ils n’appelaient pas ça du robuste déjà là mais quels étaient les éléments qui ont fait que pour les gens, ça s’est bien passé pour eux, et par contre, quelles étaient les choses qu’il fallait absolument peut-être inventer ou réinventer. De faire cette analyse là, ce dont ils se sont perçus, c’est que cette idée de sécurité sur un territoire, en fait, c’était les liens entre les personnes. Donc, si on avait beaucoup de liens entre les personnes, les gens allaient mieux et si on avait un paysage qui était plutôt joli, une nature plus belle, ça allait mieux pour ces gens-là que pour des personnes qui étaient, par exemple, dans un endroit où il n’y a pas de vue sur la nature. Le résultat de cela, c’est un des projets de cette petite commune d’investir dans tous les endroits où on peut faire des liens de sociabilité et dans tous les endroits où on veut préserver la nature. Donc, ils ont comme ça un certain nombre d’axes qui sont sortis de l’analyse de ces fluctuations, souvent, Olivier Hamant dit : "surtout, ne loupez pas les crises", le covid a été une crise, comment on profite de ces moments-là pour analyser ce qui a marché ?

Une petite méthode d’analyse qui s’appelle la méthode des 3C : qu’est-ce qu’il faut cesser, qu’est-ce qu’il faut continuer, qu’est-ce qu’il faut créer ? Si on prend le temps de faire cela, on a un territoire qui va apprendre de ce qu’il a vécu, qui va grandir en lien, grandir en prise en compte de ce qui est important pour lui. Cela ce sont les fluctuations de niveau 1, grosso modo, on a déjà vécu des fluctuations de niveau 1 et on en vit, de manière assez régulière, sauf que nous ne prenons pas le temps de les analyser cela. Et peut-être que un des rôles des élus, c’est, dès qu’on a une crise, surtout de l’analyser et de dire : est-ce qu’au final on a un système qui est relativement adaptable, et s’il n’était pas adaptable, qu’est-ce qui nous manquait pour que si jamais une autre fluctuation arrive, cela puisse bien se passer pour nous ?

Fluctuations de niveau 2

Une fluctuation de niveau 2 : c’est votre structure n’a plus d’objet.

Prenons l’exemple des tiers-lieux : ce sont des structures qui ont été largement financées par de l’argent public pendant un certain temps. Il y en a plein qui en ont profité pour faire du lien, pour faire des choses qui sont fabuleuses et pour fabriquer des petits modèles économiques qui font que le jour où il n’y a plus cet argent cela se passe bien. Et puis d’autres qui n’ont pas préparé cela, ce qui fait que je jour où le financement public s’arrête, le projet s’arrête, la structure s’arrête. On a quelques exemples de financements publics dédiés à une cause, et puis, d’un seul coup, hop cela part, à 180° et d’un seul coup, plein de structure se cassent la figure et donc, pour ces structures là, c’est une fluctuation de niveau 2. Une fluctuation de niveau 2, cela peut être le plus grand employeur de votre territoire qui se fait racheter par un fond d’investissement qui va récupérer les brevets, la richesse puis qui va licencier tout le monde au bout d’un an. Une fluctuation de niveau 2 sur un territoire, ça peut piquer un petit peu fort. Ça peut être aussi, si on regarde bien pyrénées-orientales avec 3 trois trois années de sécheresse consécutives, les gens ne sont pas tous partis, mais ça les a secoué vraiment très, très fort, plein de de de vignes ont été arrachées, là, on commençait à être dans du bouleversement, ce n’est pas un bouleversement majeur, mais il y a de la casse.

Fluctuation de niveau 3

Une fluctuations de niveau 3, remet complètement en cause le fonctionnement du territoire. Donc, exemple de fluctuation de niveau 3 : Trump envahit le Groénland, du coup, la Chine peut envahir Taïwan, les européens ne sont pas contents du tout, ils commencent à protester et là il y a un système qui est assez simple qu’a déjà appliqué Trump à un juge de la cour pénale internationale où l’accès à tous les services américains est coupé. C’est une fluctuation de niveau 3, on sait que c’est coupé, mais on ne sait pas quand ça va revenir. Donc, on part sur l’hypothèse que, pendant trois à six mois, nous n’avons plus accès aux services américains.

Et donc voilà, chers élus, vous êtes là tous, nous sommes convoqués en urgence en réunion conseil municipal.
tous les services américains sont sont coincés, et qu’est ce qu’il se passe ?

Dans une autre commune, la fluctuation de niveau 3 testée, c’est la bulle spéculative de l’intelligence artificielle qui a explosé, sachant que la masse monétaire placée dans l’intelligence artificielle est 10 fois supérieure à celle des subprimes en 2008, si jamais cette bulle explose, il est fort possible que l’euro n’ait plus de valeur. Donc hypothèse de travail, réunion d’urgence du conseil municipal l’euro n’a plus de valeur. On pourrait aussi faire un test avec une coupure d’électricité, tel que cela s’aest passé en Espagne et au Portugal, sachant que si l’électricité n’était pas parvenue au bout de vingt quatre heures, on passait sur un black-out d’une semaine.

Je ne vais pas entrer dans les détails, et donc on fait travailler les gens là-dessus par petits groupes. Et là, il y a deux étapes. La première étape s’est une prise de conscience de nos dépendances : on s’aperçoit que si vous coupez les services américains, grosso modo, il n’y a plus d’accès où vous pouvez retirer l’argent, vous ne pouvez plus faire de transactions financières. Tout ce qui est connexion internet, ça risque de piquer un petit peu. Grosso-modo, on s’aperçoit que, très rapidement, c’est la même chose que si l’argent, l’euro, n’avait plus de valeur.

Quand on est sur des tests de fluctuations de niveau 3, ça renverse complètement la table. Ce dont on s’aperçoit, c’est que autant pour les fluctuations de niveau 1, de niveau 2, on peut attendre de l’aide qui peut venir d’ailleurs : vous allez avoir des masques qui vont être commandés à l’autre bout de la planète, ça va prendre un peu de temps, mais bon, ça risque de bien se passer. Lorsque vous faites une fluctuation de niveau 3, les masques. Vous pouvez toujours les attendre ils ne vont jamais arriver.

Donc la fluctuation de niveau 3, la solution est obligatoirement territoriale. Il va falloir regarder le territoire et se dire : comment on fait ? parce que, du coup, 1) constat des dépendances, on s’aperçoit que nous sommes ultra dépendants et nous n’avons pas pris conscience de cela, si vous avez tous les mails dans gmail, si votre téléphone ne marche plus, et puis, comme on a coupé toutes les lignes de cuivre, comme tout passe par du numérique, en fait, vous n’avez à peu près plus aucun service qui fonctionne. Et donc, quand on n’a plus aucun service, qui fonctionne, au bout de trois jours, il n’y a plus à manger dans les supermarchés, ça va très, très vite. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait au niveau du territoire ? et là, vous êtes, chers élus ici, et donc, qui fait quoi ? on va s’apercevoir que les gens vont se mettre à réfléchir sur les fondamentaux. Quels sont les fondamentaux qu’on souhaite absolument voir perdurer sur ce territoire ? Quels que soient les endroits où on s’amuse à faire ça, on arrive à peu près aux mêmes conclusions : si on peut manger, c’est plutôt une bonne idée, mais du coup, manger, c’est comment manger de manière un peu locale, parce que on ne va pas pouvoir faire venir les choses de très loin. Donc, est-ce qu’on a localement des personnes qui étaient très contents que, durant le covid, on a acheté chez eux, puis, en fait, on est très rapidement retourner acheter du bio dans les supermarchés parce que c’est quand même vachement plus pratique. Et puis, ces personnes-là, il est vital pour nous qu’elles puissent continuer à exister.

Si on continue un petit peu, on a besoin de faire circuler de l’information, quels sont les endroits qui permettent de faire circuler l’information ? est-ce qu’on a un crieur public, est-ce qu’il y a des endroits où les gens peuvent se réunir et est-ce que ces endroits sont identifiés pour ? Il y a aussi l’idée de santé, il y a peut-être des personnes qui vont être un peu plus vulnérables, et donc, comment en assurer une continuité de soin ?

Quand ça part en vrille, vous allez avoir deux types de réactions des endroits qui vont plutôt partir en panique, et des endroits qui vont plutôt partir en coopération. Si vous amenez plein de flics pour dire je vais sortir tous les policiers municipaux et on va les armer, là on va créer les conditions pour que ça parte en vrille. Si, par contre, avec les personnes, on a déjà travaillé ces scénarios en conseil municipal ou avec les citoyens (un petit clin d’oeil au réseau des tempêtes) on peut s’amuser à faire des jeux de rôles : si jamais il y a ça qui se passe, de quoi a-t-on a besoin ?, quels sont nos besoins fondamentaux ? La question au 21ème siècle, ce n’est pas qui va utiliser la salle municipale et est-ce qu’il y a une équité de services ou est-ce que on va mettre une future clé digicode qui va permettre de savoir exactement qui est-ce qui va venir. Ça va être vachement pratique à gérer si on fait un test de fluctuation en disant que le souci, ça va être qu’il n’y a plus d’électricité ou un truc comme ça. Peut-être que d’avoir, une salle municipale très ouverte, voire même qui soit réellement polyvalente, dans lequel on peut faire de de l’accueil, on peut monter mais un endroit où on peut se réunir et puis décider. Peut-être que même on peut, si on fait un jeu de rôle, même préparer des rôles, dire : tiens, là, il y a un tel est plutôt bon pour faire de la médiation, tiens, on va lui faire une casquette médiation ou un t-shirt médiateur. On s’est aperçu qu’il y a quelqu’un qui était très bon pour faire circuler l’info, et puis, même s’il n’y a pas d’internet, lui, c’est monsieur circulation d’informations. On peut avoir des rôles comme ça, qu’on peut préparer à priori et qui font que le jour où ça part en quenouille, cela fonctionne.

Ce que j’aime beaucoup en faisant ces test de fluctuation c’est que ça aide vraiment à réfléchir sur qu’est-ce qui est important pour notre territoire, et surtout, quand on arrive sur de la fluctuation niveau 3. On voit bien que je ne peux pas avoir en tant qu’élu toutes les solutions. Et donc, l’enjeu, ça va être, de nous préparer. Quand je dis nous préparer, c’est de préparer le terrain à pouvoir fabriquer, à travailler son adaptabilité. Et quand on fait ça, l’enjeu, ça va être de faire avec les gens, parce que ce n’est pas moi, en tant qu’élu qui, d’un seul coup, va savoir ce qui est bon ou pas bon pour les autres et qui, en cachette, va devoir pleurer. C’est comment, du coup, on coopère ? comment on va faire ensemble, comment va on va co-oeuvrer pour, se débrouiller, pour que, si jamais on a des fluctuations un petit peu importantes, on continuer à travailler notre adaptabilité.

Le changement de posture

Le changement de posture, c’est vraiment fondamental, y compris pour des listes qui se disent alternatives. Pour une des listes que j’ai rencontré, ce que j’ai perçu, c’est que les personnes restaient en logique d’intention, c’est-à-dire qu’ils disent, voilà, puisque l’on est élu, c’est nous qui devons arriver avec plein d’idées qui sont bonnes pour les autres. Et donc c’est nous qui devons fabriquer le programme et puis une fois qu’on aura un programme qui sera super, c’est là-dessus que les personnes vont aller. Alors je ne dis pas qu’il ne faut pas d’idées, c’est bien d’avoir des idées, mais je pense qu’en terme de changement de posture, il y a vraiment l’idée de passer d’une logique d’intention à une logique d’attention. Ce n’est pas parce qu’on est acteur des transitions, qu’on a envie que le monde aille mieux, qu’on doit imposer nos idées aux autres. Et donc je pense que effectivement ce changement de posture, en citant Olivier Hamant :

  • dans la démocratie performante, "je veux et je sais", je veux qu’on arrive à ça et je sais comment on va faire, et donc je cherche des exécutants pour qu’on puisse arriver à ce résultat-là
    -* dans la démocratie robuste, c’est j’ai envie de, mais je ne sais pas comment faire. À partir du moment où on dit "j’ai envie de", une envie, ça peut se partager et ça peut se discuter. Des personnes qui travaillent sur la coopération parlent d’intention sans forme : j’ai une intention sans forme, c’est-à-dire que je ne sais pas exactement comment on va faire, le fait d’avoir une intention sans forme laisse de la place à l’autre. Et si on dit que la coopération se construit sur l’exposition de ses vulnérabilités, si moi en tant qu’élu je dis "moi j’ai envie de", j’ai envie d’avoir un territoire en santé, en détaillant un peu l’idée de santé commune, par contre je ne sais pas comment faire, là tu vas voir des gens qui vont dire " moi j’ai une envie similaire et par contre je sais déjà un peu comment faire".

C’est un changement de posture qui est un peu subtil : si on dit "moi j’ai envie de mais je ne sais absolument pas comment faire", en terme de crédibilité, ça va piquer un peu. Par contre, vous pouvez allez voir le réseau Bruded, qui est un réseau d’élus en Bretagne autour de la transition qui font de l’échange de pratique depuis maintenant une quinzaine d’années qui documentent ce qu’ils font, c’est fabuleux. Et vous pouvez dire "voilà, moi par rapport à cette envie-là, j’ai plein d’idées mais moi je ne sais pas trop laquelle faire et laquelle choisir". Le réseau Bruded, c’est une association qui fait des visites apprenantes, qui font des dossiers fabuleux. Dire que vous avez envie de que vous avez déjà potentiellement des solutions mais à partir du moment où vous dites "moi je ne sais pas laquelle choisir", on peut soit à minima la choisir avec d’autres personnes et à maxima la co-construire avec les gens. Et donc vous voyez ce changement de posture de "je sais, je veux" à "je sais, j’ai envie d’eux, je ne sais pas" laisse de la place aux autres.

La gouvernance contributive

Il y a même un élu, un gars qui a fait trois mandats du côté de Brest, qui est assez sympa, qui a des cheveux un peu frisés et grisonnants, qui avait travaillé sur une notion qui s’appelle la gouvernance contributive et dedans il y a un certain nombre d’ingrédients que j’utilise quand je discute avec ces élus pour les inciter à changer de posture.

  • faire avec  : La première chose, c’est de dire un des enjeux est de développer la coopération sur le territoire et de faire avec les personnes, les associations, plutôt que de faire pour les gens. J’ai discuté avec un élu il n’y a pas longtemps, qui me dit "j’ai un super projet, là on est en train de le peaufiner, et on ne le dit à personne, parce qu’on veut leur faire la surprise". Là, on est encore dans la posture "de papa" qui a envie de faire une surprise à ses enfants, et puis ce jour-là on va couper un ruban, ça va être génial et comme ça je pourrais dire que j’ai fait plein de choses.
  • être en attention : Un second élément, c’est être en attention. Je disais tout à l’heure : des gens qui font des choses sur le territoire, il y en a déjà plein. Donc soit j’arrive et je suis en intention, alors mon intention va écraser les intentions des autres, voire même va provoquer une guerre des intentions. Si par contre je dis moi par rapport à cette idée, prenons la finalité de la santé commune, quelles sont les personnes qui déjà sur ce territoire font des choses ? comment je suis en attention par rapport à cela ? Je l’accueille et du coup c’est du robuste déjà là, ce sont des choses sur lesquelles on va pouvoir s’appuyer.
  • donner à voir  : Quand on est sur une petite commune, en général les gens se connaissent, mais plus vous êtes sur une commune importante ou un territoire important, plus les gens travaillent dans leur coin. parfois vous avez des personnes qui travaillent pour une même finalité, pour une même envie, mais par contre ne savent pas que tu as une association à côté, ou un élu à côté, ou un service social à côté qui travaille pour la même raison. Comme les humains travaillent beaucoup en silos, un des enjeux est de donner à voir ce que font les uns et les autres pour inciter à la connexion, inciter à ce que les personnes puissent travailler sur le lien, sur la porosité, sur les connecteurs entre les différentes actions. Et en tant qu’acteur d’une collectivité, je peux inciter les personnes à travailler en lien. Là actuellement avec quelques personnes on accompagne le département du Gard pour qu’un appel à projet, devienne un appel à communs. Pour cet appel à communs, les structures doivent travailler à minima à trois, produire des communs dans tout ce qui est fait, y compris quand ils déposent le projet, qui doit être visible à tout le monde. Donc il y a une notion de transparence et de coopération ouverte. Cela crée des liens et cela crée aussi un peu des problèmes, mais n’empêche qu’on est vraiment dans du changement de posture.
  • outiller, apprendre à coopérer : Il y a aussi l’idée d’outiller les humains : à l’école on n’a pas appris à faire ensemble, on n’a pas appris à coopérer, on a plutôt appris à cacher sa copie. Donc il y a un enjeu à outiller les personnes pour apprendre à coopérer. Qu’est-ce que c’est que la coopération ? comment ça s’anime ? comment ça s’outille au sens numérique du terme. Il y a vraiment un enjeu à former là-dessus.
  • Connecter, relier : je ne reviens pas là-dessus, mais plus on fera de liens entre les choses et qu’on "désilotera". Donc quand les gens qui travaillent sur le social commencent à articuler leur projet avec des gens qui travaillent sur la biodiversité, c’est vachement plus pertinent que quand vous avez des écolos qui bossent dans un sens et puis les solidaristes qui travaillent dans un autre sens. Et bien souvent ce sont des personnes qui n’ont pas forcément des langages communs, qui pensent que le monde sera sauvé quand tout le monde sera comme eux ; et un des enjeux peux être de non pas opposer les gens et de continuer à maintenir des clivages, mais de connecter, de relier.
  • mettre en communs : le dernier élément, c’est mettre en communs, se débrouiller pour qu’on crée des communs sur le terrain à la fois mettre en communs ce qu’on fait, mais aussi identifier et préserver les communs du territoire. Si je reprends l’exemple de la commune de Belvézet dont je parlais tout à l’heure, suite au Covid, où ils ont analysé quels étaient les endroits qui ont été super importants : ils ont vu qu’ils avaient un petit salle de spectacle en plein air, qui était un lieu important. Il y avait une place municipale qui était importante.. Ces différents lieux ce spnt comme les points d’acupuncture du territoire, ces points d’acupuncture, il faut absolument les identifier comme points vitaux du territoire et que tout le monde ait conscience que ce sont des points vitaux et on va se débrouiller pour y mettre de l’énergie. Par exemple, adossé à la petite salle de spectacle en plein air, ils ont construit une cuisine et se sont aperçus que cette cuisine peut être utilisée par toutes les associations du territoire. Et ils sont aperçus que maintenant le matin, tu vas te retrouver avec des chasseurs qui vont venir boire un coup avec des personnes d’une association de randonneurs, du coup cela fait des espaces où ils vont se croiser, ils vont se rencontrer et forcément à un moment ou un autre cela va dialoguer. Ce côté mettre en commun, identifier les communs, les préserver, c’est vraiment vital. Cela fait partie de la gouvernance contributive et cela a été documenté.

Le changement de posture est complètement vital, ce faire avec, être en attention, donner à voir, sont des manières d’analyser ce qu’on fait ou ce qu’on ne fait pas sur un territoire. On a une espèce de trame, qui est perfectible mais qui est compréhensible, pour le faire avec, comment on se débrouille pour faire avec ? Et là du coup, quand on dit comment on s’y prend, je renvoie la balle, comment vous pourriez faire plus avec les gens ? Certains vont faire un inventaire de tous les gens qui font des choses. Est-ce que cet inventaire tu le fais pour toi ou est-ce que tu le fais pour toutes les instances du territoire ou tous les acteurs du territoire ? Si on prend le côté être en attention, on peut se débrouiller pour reprendre des idées de l’appel à communs du Gard : il va bientôt y avoir une réunion ou toutes les personnes qui vont déposer des projets sont dans une même salle, ils vont travailler sur le fait de fabriquer des projets ensemble. Si on fait ça, forcément, en tant qu’élu je vais être attentif à ce que font les différentes associations, mais surtout elles vont commencer à être attentives entre elles, ce qui donc va créer des conditions de connexion, techniquement c’est pas très compliqué.

Très souvent, je donne cette trame et là ensuite j’interroge ce serait quoi les fluctuations qui risquent de vous tomber sur la figure sur votre territoire. Là les gens ont plein d’idées, on les liste et puis après je leur fais tirer une au hasard, on dit tiens si y a ça qui se passe, est-ce qu’il y a du robuste déjà là ? qu’est-ce qu’il manquerait ? Et là tu t’aperçois qu’en fait ce sont les gens qui se fabriquent leur propre processus et je pense qu’il y a vraiment un enjeu à s’apercevoir que cette idée de robustesse, c’est un processus. Personne ne vous dira cette commune a 3R, vous voyez comme des communes mettent 3 fleurs sur les panneaux etc. La robustesse se construit à l’échelle territoriale et sur des connexions entre territoires, c’est un processus où en grandit en robustesse. Ce chantier, on va l’aborder en fonction des angles qui nous semblent pertinents pour nous. Par exemple si je reprends la commune de Belvézet, qui a identifié que la question de l’eau : il y a des endroits où il y a trop d’eau, il y a des moments où il n’y a pas assez d’eau. Cette idée de qualité de l’eau va être articulée avec la biodiversité, articulée avec les paysans qui vont avoir de l’eau au moment où il faut. Du coup ils sont en train de lancer un immense chantier participatif autour du sujet et d’aller chercher des financements là-dessus. Ils ont trouvé un axe qui pour eux a très fort effet levier où cet axe-là est co-construit avec les habitants. A partir du moment où tu fais ça, ça veut dire que chaque commune ou chaque territoire est tout à fait en capacité de trouver les pistes qui sont pertinentes pour lui. Et là du coup si on commence, et là je te remercie encore Michel sur l’idée de communauté apprenante, si on a des gens qui sont des petits poissons pilotes robustesse dans plein de territoires qui discutent entre eux, c’est là que les solutions vont vraiment arriver. L’idée c’est que vous compreniez les ingrédients de la robustesse en les mettant en œuvre à votre niveau, vous allez avancer, vous allez expérimenter, des fois ça va marcher, des fois ça va échouer. Par contre si vous êtes en coopération ouverte, ce que vous allez faire va un peu comme ce que fait Bruded, ce que vous allez faire va servir aux autres. Des fois vous aurez une question, vous pourrez la partager non pas uniquement dans votre conseil municipal mais dans une communauté de personnes un peu plus large, et là on peut à mon avis tout à fait avancer ensemble.