Histoire de Wiki-Brest, par Gaelle Fily, animatrice depuis 2007

, par  Michel Briand , popularité : 90%

Animatrice de Wiki-Brest depuis son arrivée au service Internet et expression multimédia de la ville de Brest en 2007, Gaëlle Fily a aussi co-animé les dernières éditions de Brest en biens communs (2009) devenu Brest en communs 2017. Retour avec elle sur ces projets ancrés dans une culture de la coopération et du partage. Ce seconde article raconte quelques éléments du projet Wiki-Brest qu’elle a en grande partie animé.


 
Le projet que je vais évoquer est celui pour lequel j’ai été recrutée, à savoir animer les carnets collaboratifs du Pays de Brest : Wiki-Brest.
 

 
Initié par le service Internet et expression multimédia de la Ville de Brest, Wiki-Brest compte 4 686 articles, 1 145 utilisateurs et 17 580 images.
 
Je suis arrivée un an après la mise en place du projet. Avant d’arriver dans le service j’avais déjà participé au site et eu l’occasion de participer à plusieurs réunions au démarrage du projet pour rédiger la charte éditoriale du projet, les règles d’écriture et les principes fondateurs du projet. Puis, suite à départ d’un membre du service on m’a proposé d’intégrer la collectivité en tant qu’animatrice de Wiki-Brest.
 
C’est un projet qui a vu le jour en avril 2006, à l’initiative de Michel Briand [1]. En s’inspirant de l’exemple d’écriture collaborative de Wikipédia, le souhait était de créer un site sur le patrimoine et le vivre ensemble à l’échelle du territoire du pays de Brest [2]. L’objectif principal est de mettre en partage les connaissances des habitants du pays Brest, en valorisant le territoire et ceux qui y vivent tout en créant du lien social. « Mieux connaître son territoire en se connaissant mieux » est une phrase qui résume bien le projet.
 

Wiki-Brest est un wiki de territoire dont la volonté est de valoriser et donner à voir la richesse et la diversité du patrimoine, des cultures, des histoires de vie au Pays de Brest. Un vaste ensemble de sujets peuvent y être traités dans cinq rubriques principales mettant en avant le patrimoine et le vivre ensemble : Lieux et monuments - Vie locale et services - Associations et personnes - Événements - Patrimoine vivant

 

extrait de la charte de Wiki-Brest

 
 
Une attention particulière a été portée au lien social, l’objectif étant que les contributeurs puissent se rencontrer, ne soient pas seuls derrière leur écran, apprennent à travailler ensemble et participent à des événements en produisant du contenu collaborativement.
 
On s’adresse à des personnes qui parfois ne sont pas à l’aise avec l’écriture et n’ont pas l’habitude d’être publiés. Notre volonté est de de mettre les gens au cœur du projet et les valoriser au même titre que le territoire.
 
 
Où en est ce projet ?
 
Wiki Brest a maintenant 12 ans, [3] et a connu différentes étapes : un premier temps d’expérimentation, de structuration puis de diffusion. On tente maintenant de faire vivre le projet par lui-même en le faisant porter par le collectif, en tout cas par le noyau dur des contributeurs. On s’est rendu compte qu’avec un portage de la collectivité c’était très confortable pour les contributeurs, mais que cela ne leur laissait peut-être pas assez de place pour agir au sein du projet et qu’ils se reposaient beaucoup sur le porteur du projet. Afin de rendre les contributeurs plus acteurs du projet, le service leur a proposé d’animer eux-même le site. Nous sommes donc en train d’expérimenter sur une année cette proposition en leur proposant d’organiser des rencontres, des événements et de pouvoir être animateurs mais aussi facilitateurs de l’écriture pour de nouveaux contributeurs.
Pour l’instant l’opportunité d’animer le site par les acteurs ne fonctionne pas très bien, il n’y a pas eu de proposition de leur part, peut-être que cette idée arrive trop tard dans la vie du projet ?
 
 
Si on revient sur ses 10 années que tu as passées avec le projet Wiki-Brest si tu avais quelques moments forts à nous présenter, quels seraient-ils ?
 
La modélisation 3D de monuments brestois
 
Une des plus belles histoires qui revient assez souvent lorsque l’on parle des contenus de Wiki-Brest c’est le travail de Daniel et Mylène, tous deux retraités de l’enseignement. Mr Larvor est un passionné de modélisation [4]. Il a commencé dans son bureau à modéliser des bâtiments anciens ou rénovés de Brest, de manière complètement personnelle et assez cachée (voir le portail modélisation 3D). J’ai rencontré ces personnes lors d’une exposition sur la mémoire du quartier de Lambézellec et cela a été une très belle rencontre. Avec un collègue contributeur à Wikipédia, on leur a parlé du site collaboratif Wiki-Brest qui était encore tout nouveau sur le pays Brest. On leur a demandé s’ils donnaient à voir ces travaux de dessins, d’aquarelles, de documentation et de modélisation 3D. Ce n’était pas le cas, ces travaux n’étaient visibles que dans le bureau familial.
 

Pont transbordeur Arsenal Brest

 
Ils ont découvert le projet et on, de suite, été séduits par la possibilité de diffuser leur travail. On les a rencontrés fin 2007 et 11 ans après ils participent encore au projet. Ils n’ont pas créé de site parallèlement, comme ils auraient pu faire en découvrant les diverses possibilités de publication sur le Web. Ils ont fait le choix de rester dans le collaboratif et de montrer leur travail au plus grand nombre à travers Wiki-Brest. Ils ont eu à cœur de faire connaître le site au plus grand nombre. A la moindre de leur rencontre que ce soit dans le cercle privé ou lors de balades dans Brest, ils invitaient leur interlocuteurs à venir consulter le site et à y contribuer.

Kiosque à musique Brest

 
A présent, un portail a été créé pour rassembler la trentaine de projets de modélisation des lieux brestois. Un travail qui, à mon avis, n’est pas assez valorisé. Ce qui est beau dans cette histoire-là c’est la reconnaissance de leur travail et les liens qu’ils ont pu créer avec les contributeurs du site, les associations locales et certains services de la ville. Par exemple, la ville a intégré leur travail dans une maquette 3D du territoire.
 
Au départ le couple ne connaissait pas du tout la question des licences et ils ont très vite accepté la licence par défaut utilisée sur le site, à savoir la licence Creative Commons-BY-SA. Ensuite par une crainte d’utilisation de leurs travaux de manière commerciale ils ont fait le choix d’ajouter la restriction d’usage « non commercial ». Ils ne souhaitaient pas que des personnes fassent des porte-clés, des cartes postales ou des posters de leurs modélisations et en tirent un bénéfice financier. Mais quand la modélisation de leur lieux a été intégrée dans la maquette 3D, ils ont vraiment tenus à ce que leurs contenus soient toujours sous une licence Creative Commons et qu’il soit clairement indiqué qu’ils venaient de Wiki-Brest.
 

Grue électrique, Porte Tourville (Arsenal Brest).  [5]

 
L’explosion de l’Ocean Liberty
 

 
La manière dont s’est construit ce travail de mémoire et ce que cela a généré par la suite est intéressante à mettre en lumière. Un jour en consultant les archives de l’INA un contributeur a trouvé une courte vidéo sur l’explosion au port de Brest de l’Ocean Liberty, un Liberty ship chargé de nitrates. Cet événement a été dramatique dans une ville déjà détruite par les bombardements. 

Après la publication de cette vidéo sur Wiki-Brest, un message a été envoyé à l’ensemble des contributeurs demandant qui souhaitait travailler sur la mémoire de cet événement historique. Une personne que l’on connaissait déjà dans le projet qui s’appelle Yffic Dornic « maire » du port de commerce et qui tient un blog sur la mémoire du port : « Portde » a pris cette invitation très au sérieux et a réuni les témoignages d’acteurs de l’époque. Il a fait un travail énorme en commençant par quelques interviews. Cela a donné lieu à 4 articles très fournis sur l’histoire de l’événement. 
 
Cette écriture a eu aussi des impacts sur la ville. Parmi les personnes qui ont essayé d’éviter le drame de cette explosion, en essayant d’éloigner le bateau qui avait pris feu, l’un d’eux avait été oublié de la commémoration. [6].
L’un des héros de cette histoire avait lui été reconnu par un nom de rue, mais pour la famille cette plaque était incomplète parce qu’elle indiquait le nom de la personne sans mentionner les circonstances de sa mort. Grâce au travail réalisé par Yffic Dornic et les relations qu’il entretient avec le maire de Brest cette demande de reconnaissance a pu aboutir. La plaque a été changée et mentionne à présent « Rue Yves Bignon – Explosion Ocean Liberty (1917-1947) ». La famille du marin qui avait été oublié à l’époque du drame a également fait remonter une demande de reconnaissance de sa participation. Et à l’occasion des fêtes maritimes en 2012 un espace « François Quéré » du nom de cette personne a été inauguré.
 
Ces deux exemples : la modélisation et le travail de mémoire autour de l’explosion de l’Ocean Liberty montrent une prise en compte des contenus de Wiki-Brest par la collectivité.
 

Yffic Dornic lors de l’inuagurtaion de l’espace "François Quéré

 
L’implication d’Yffic Dornic dans Wiki-Brest est aussi une belle histoire. Cette personne, assez isolée a été prise sous l’aile des responsables du Fourneau, Centre national des arts de la rue et de l’espace public, situé au port de commerce. Il était ancien docker et colleurs d’affiches, métier qu’il exerça notamment pour le Fourneau dont il est devenu le gardien emblématique. Au moment de la création des espaces multimédias (le réseau des PAPIs - Point d’Accès Pubics à Internet dont faisait partie le Fourneau), Yffic a découvert l’univers du numérique, accompagné par un autre « Yffig », Yffig Cloarec, animateur de cet espace au Fourneau. Yffic Dornic avait énormément d’histoires à partager sur la mémoire du port et Yffig Cloarec l’a invité a créer un espace d’expression qui s’appelle « Portde.info ». Par ce travail de publication de mémoire et en allant rencontrer les habitants il a commencé à gagner en notoriété. Cela lui a valu de candidater à l’élection symbolique pour le poste de maire du port organisée par Le Fourneau. C’est lui, qui par ce statut de « maire » emblématique a permis la création d’une ligne de bus sur le port.
 
 

La bannière du site "Portde.info", mémoires du port de commerce et son texte introductif

Port « De » Commerce à Brest, ce village a sa propre culture, son passé, son entité profonde. Nous allons cheminer ensemble à la recherche de l’insolite, du vécu. Ce site est une vitrine faite de témoignages extraordinaires, ingrédients remplis d’émotions afin de vous inculquer notre amour pour Port « De ».

Dans le projet Wiki-Brest il y a aussi ce souci d’ouverture sur le pays de Brest, tu as participé à des réunions dans différentes communes est-ce que tu peux dire deux mots de cette dimension ?
 
D’après le nom « Wiki-Brest » beaucoup de gens pensent que c’est un projet à l’échelle de la ville de Brest, mais le projet est bien plus étendu que cela parce qu’il a concerné au démarrage les 89 communes du pays de Brest [7]. Le service Internet expression multimédia avait un soutien de la Région pour développer les usages du numérique sur le pays. Dans le cadre de mes missions qui étaient d’animer et d’inviter le plus grand nombre à contribuer j’ai été rencontrer plusieurs collectivités. Ce n’est pas toujours facile d’inviter les autres collectivités à participer à un projet porté par Brest. Tout le monde ne pense pas forcément y trouver sa place. La coopération avec les animateurs multimédia des communes [8] m’a beaucoup aidé et a facilité la contribution des communes.
 

 
Le projet a été pensé en s’appuyant sur le socle d’animateurs des cybercommunes et des PAPIs déjà existant. Avec eux j’ai pu aller porter cette parole d’écriture collective qu’ils ont relayée dans leurs espaces et en direction des associations locales, des historiens, des personnes qui avaient envie de faire connaître leur territoire et leur commune. Une dizaine de communes ont réellement participé au projet.
 
 
Qu’est-ce qui t’a plus dans le projet ?
 
C’est un projet très varié, très dynamique, où j’ai pu rencontrer des gens très différents, des artistes, des historiens, des enseignants, des graffeurs, ... C’est cela qui fait la richesse du projet, cette multitude des contributeurs aussi bien en termes de rencontres qu’en termes de contenus.
 
Une des raisons du succès du projet est l’organisation de collectes thématiques ou collectes associées aux dynamiques événementielles du pays.

L’équipe lors de la collecte et de l’écriture collaborative pour les Tonnerres de Brest 2016 avec aussi la TV quartiers libres Brest


Faire un projet d’écriture collaborative, dans la durée, ce n’est pas si facile. Les personnes ont parfois tendance à écrire chacun de leur côté. Par conséquent, il arrive que certains articles soient redondants, je suis parfois amenée à dire : « Vous êtes 2 à écrire sur le même sujet sur des articles différents. Comment pouvez-vous faire pour qui n’y ait plus qu’un seul article ? » Puis j’explique comment travailler de manière vraiment collaborative.
 
Et il y a des moments où cela fonctionne très bien : lors d’événements comme les fêtes maritimes. Les gens réalisent des articles dans une écriture à plusieurs mains. Pourquoi cela fonctionne lors de ces fêtes maritimes ? C’est parce que les contributeurs partagent la même chose : ils se retrouvent au même moment, sur plusieurs jours, à plusieurs (un groupe de 30 parfois 40 personnes). Et là on voit que les gens écrivent vraiment ensemble. J’ai vraiment apprécié quand sur un même bateau une personne pouvait initier l’article, une seconde allait apporter les informations techniques du bateau, une troisième personne avait pu rencontrer des membres de l’équipage et faire des interviews ou recueillir des témoignages sur la vie sur bateau et enfin une quatrième personne avait pu partir en mer et prendre des photos du bateau sous voiles dans la rade. Là on pouvait avoir un article écrit par 4 personnes différentes.
 
 
Ce qui est un peu plus difficile ?
 
Ce qui marche moins, ou le souvenir un peu plus douloureux que j’ai du projet c’est peut-être en termes de reconnaissance et de communication sur le projet. C’est difficile de porter un projet qui du point de vue des habitants mériterait plus de visibilité mais en interne le service communication pense quant à lui qu’il s’agit d’un projet d’habitants. Finalement, la réalité est qu’on est entre un projet d’habitants et un projet porté par la ville, et en termes de communication on n’a peut-être pas réussi à être à la hauteur des attentes des contributeurs.
 
 
Le projet Wiki-Brest est avec Brest en communs un des projets qui a un peu essaimé sur d’autres territoires est-ce que tu peux nous parler un peu des rencontres que tu peux faire avec d’autres wikis de territoire dans la Manche à Rennes ou ailleurs ?
 
Wiki Brest a été le premier wiki de territoire créé en France [9], aussi on a été assez rapidement regardé et sollicité pour dupliquer le projet. C’est dans notre posture d’essaimer et de mettre à disposition notre expérience en allant à la rencontre d’autres projets. Pour faciliter la diffusion, on a ouvert un espace sur Wiki-Brest qui référence l’ensemble des wikis de territoire qui ont été créés en France depuis 2006. Sur la quarantaine de projets, une bonne moitié n’a pas tenu dans le temps faute de moyens accordé à l’animation. Il y a aujourd’hui près d’une dizaine de wikis territoires qui ont une activité régulière, notamment Wiki-Rennes avec lequel on a eu des échanges de projets ou de pratiques.
 
J’ai aussi eu l’occasion de participer à la 1ere rencontre des wikis de territoire européens (RegioWikiCamp) qui a eu lieu à Furtwangen en Allemagne en 2009. J’y suis intervenue avec Louis-Julien de la Bouëre alors animateur multimédia de Plouarzel, l’une des communes du pays la plus investie dans Wiki-Brest. La seconde édition a été organisée à Brest en 2011. Les initiateurs de cette rencontre sont allemands et ont souhaité qu’une organisation tournante se mette en place à l’échelle européenne, mais là aussi le peu de moyen accordé à l’animation n’a pas permis de faire perdurer cet événement.
 
 
Le projet Wiki-Brest a aussi permis de développer l’écriture sur Wikipédia avec la création d’un groupe local, peux-tu nous en parler ?
 
Le site Wiki-Rennes s’est créé en s’appuyant sur le groupe des contributeurs rennais à Wikipédia, alors qu’à Brest cela a été l’inverse. Le groupe local de wikipédiens s’est constitué à partir des contributeurs actifs à Wiki-Brest. Ce passage à l’échelle pour apprendre à écrire sur Wikipédia a démarré lors des fêtes maritimes auxquelles ont participé des wikipédiens rennais. Le collectif a eu à cœur de publier toutes les photos de bateaux dans la médiathèque de Wikipédia et des améliorations ont été faites sur certains articles de l’encyclopédie tout cela en plus du travail de web-reportage mené sur Wiki-Brest.
 
A la suite des fêtes maritimes, quelques rencontres lors des permanences de Wiki-Brest à la cantine numérique a permis de constitué un groupe. Au fur et à mesure ce groupe a commencé à s’organiser et a fait le choix de se réunir tous les mois, autour d’un apéro, pour voir ce qu’ils pouvaient mettre en place. J’ai été pendant quelques mois la référente locale du groupe Wikipédia, puis le groupe a réussi à prendre son envol et à s’autonomiser sans portage de la collectivité. A présent le collectif a un fonctionnement qui lui est propre, mène des activités et sollicite parfois le service lorsqu’il peut être facilitateur dans les échanges avec les autres services de la collectivité. Depuis maintenant deux ans la ville de Brest est adhérente à l’association Wikimedia France et elle va pouvoir mener des actions qui permettront de valoriser le patrimoine local en partageant ses contenus, tout en étant accompagnée par le groupe local et l’association Wikimedia France. Cette adhésion est aussi une sorte de tremplin pour faciliter l’implication des services dans Wikipédia tel les archives, le musée mais aussi en direction d’autres services avec qui les contributeurs ont envie de travailler.
 
 
Dans les difficultés il n’y a pas eu de synergie avec la presse locale pourtant très riche à Brest ni avec les nombreux auteurs de livres sur l’histoire et le patrimoine ?
 
La coopération avec la presse locale et les historiens renvoient aux questions de droits d’auteur et des licences.
 
Wiki Brest diffuse des contenus qui sont publiés dans leur grande majorité en CC-BY-SA qui peuvent donc être utilisés à condition d’en citer les sources et les auteurs et de conserver la même licence. Certains articles ont parfois été publiés par la presse sans respecter les règles de réutilisation et cela a pu être mal vécu par certains contributeurs, tel cet article sur « l’arrivée du jazz à Brest » principal port d’arrivée des soldats américains en 1917-18 et par conséquent l’une des première villes à découvrir le jazz.
 
Dans l’autre sens : de la presse ou historiens vers Wiki-Brest, je ne sais pas très bien à quoi tient la difficulté à coopérer. J’ai toujours eu du mal à associer les historiens qui publient des livres. J’en ai approché quelques-uns qui ont trouvé le projet intéressant. Ils consultent peut-être le site mais sont réticents à y participer et à mettre en partage leurs propres contenus. Les historiens ont figé un contenu qu’ils ont publié dans un livre et ils n’ont pas forcément le souhait que d’autres viennent compléter leur écrit, c’est peut-être aussi la question de l’ego qui freine la collaboration. [10] Dans Wiki-Brest il y a certains articles pour lesquels on indique aux contributeurs qu’il n’y a pas de possibilité de le modifier, ce ne sont pas généralement des articles historiques mais plutôt des témoignages, des interviews ou parfois certains articles de journaux de quartier. Comme évoqué plus haut, ce qui me pose souci quand je regarde la cohérence du site, c’est que je retrouve parfois trois articles qui vont traiter du même lieu ou du même sujet parfois écrit par des contributeurs différents, parfois écrit par le même contributeur. Prenons l’exemple du fort Montbarrey écrits à des époques différentes et publiés souvent par le même journal de quartier qui peut-être oublie qu’un article existe déjà sur le sujet. Du coup l’information est disséminée dans plusieurs articles au lieu d’avoir un seul article qui peut être modifié et qui regroupe l’information sur le fort Montbarrey.
 
 
Wiki Brest fait aussi de la sensibilisation autour des droits et licences et constitue avec le CD Bureau Libre une des bases de Brest en communs. Est-ce que tu peux nous dire comment s’est passée cet accompagnement des personnes à l’élargissement des trois d’usage et au partage des contenus ?
 
Aborder le sujet des licences dans Wiki-Brest permet à certaines associations qui participent au projet de se poser la question par la suite pour leur site officiel et leurs documents de communication. Les acteurs associatifs sont généralement favorables à l’idée de partage. Cet enjeu étant souvent associé aux valeurs d’éducation populaire. Je n’ai pas souvenir d’avoir entendu des associations me dire « cela ne m’intéresse pas de partager mes contenus ». Plusieurs associations brestoises sont hébergées par l’association Infini, qui accompagne à la création de site sous Spip (CMS libre) et sensibilise sur les questions de licence libre.
 
Concernant les collectivités locales, c’est parfois plus compliqué. Intuitivement elles ne se posent pas de questions sur la réutilisation de leurs contenus et sont rarement sensibiliser par les prestataires de créations de site. Quand on leur pose la question « Pourquoi êtes-vous sous copyright ? », on a l’impression que les personnes découvrent un autre monde.
 
À chaque fois que je mène un atelier c’est un point qui prend du temps mais que je tiens à l’évoquer avec les gens, en complément de l’explication du fonctionnement site. Nous abordons plusieurs questions autour de la propriété intellectuelle. On parle de droit à l’image, des licences Creative Commons et généralement les personnes ont beaucoup de questions et d’idées reçues. Ce type de licences est parfois une découverte pour les contributeurs mais une fois qu’ils sont sensibilisés à cette question ils commencent à libérer leurs contenus, notamment les photos. A Brest, il y avait déjà des acteurs associatifs qui libéraient leurs productions, je pense à Canal Ty Zef et aux Petits Débrouillards de Bretagne sur la vidéo et la connaissance scientifique et à des acteurs comme Infini ou la Maison du libre qui font la promotion du logiciel libre. Ces acteurs ayant déjà participé à l’aventure de la création du CD bureau libre, il y avait donc sur Brest un terreau favorable pour créer un wiki de territoire libre.

[1adjoint au Maire en charge de la démocratie locale et des nouvelles technologies

[2qui regroupe 7 communautés de communes pour 102 communes et correspond au bassin de vie brestois où travaillent et habitent 80% des personnes

[3voir ici l’événement organisé autour des 10 ans de Wiki-Brest en 2016

[4Il travaillait à l’École Supérieure d’Art de Brest devenus École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne en fédération avec Rennes, Quimper et Lorient

[5Construite entre 1908 et 1910, d’une force de 160 tonnes, elle mesurait 57,50m de hauteur et était pourvue d’une flèche de 82,50m de longueur. Ayant survécu aux bombardements de la guerre 1939/45, elle fut déconstruite en 1978.

[6voir Il y a 70 ans, « Yves et François se sont comportés en héros » article d’ouest France

[7élargie aujourd’hui à 103 communes avec l’adhésion de la communauté de communes de Chateaulin

[8à l’époque la Région Bretagne avait financé la mise en place un réseau de cybercommunes, progressivement abandonné par la suite

[9ce n’est que quelques années après la création de Wiki-Brest que l’on s’est rendu compte que d’autres wikis de territoires existaient ailleurs

[10Techniquement ne pas modifier un écrit, c’est possible puisque Wiki-Brest admet une diversité de licences. Ainsi en utilisant la licence CC-BY-NC-ND il est interdit de modifier le contenu, (ou en utilisant le droit d’auteur classique) mais il n’a pas été fait beaucoup de promotion de cette licence, car elle ne va pas dans le sens du projet qui met en avant la collaboration