La coopération, fil conducteur des années à Telecom Bretagne - IMT Atlantique

, par  Michel Briand , popularité : 5%

Quelques mots le 15 février, pour un prochain départ en retraite des activités professionnelles, enrichis de quelques liens

Ce pot de départ en retraite est l’occasion d’un petit regard en arrière sur une trentaine d’années de travail à l’école (33 pour être exact) que je fais d’autant plus volontiers que j’ai vécu toutes ces années avec enthousiasme et la fierté d’être dans une école qui a su évoluer et se transformer, tant dans les activités avec le développement de la recherche et des incubateurs, que dans celui des contenus et de la pédagogie avec la pédagogie par projet, l’approche compétences ou les MOOC.

Je suis arrivé à l’école en 1985 pour renouer avec les sciences et technologies après une expérience de vie en travaillant comme ajusteur puis un apprentissage de la formation d’adultes et de l’évaluation par compétences au Greta de Brest lors de la mise en place d’un BTS informatique par unités capitalisables.

Recruté aux Moyens Communs Informatique et Télécom, j’ai accompagné le premier bouleversement de l’arrivée de la micro informatique. A l’époque nos élèves travaillaient encore sur des télétypes reliés par une liaison spécialisée à un ordinateur central des écoles des Télécom. Un ordinateur pour lequel il a fallu réunir un groupe de travail des écoles pour en décider la fin alors que son usage pour l’école se chiffrait à quelques minutes par mois. C’était l’époque des marchés publics qui soutenaient tant que possible l’entreprise Bull et ses ordinateurs centraux ou le minitel de France Télécom. Je me rappelle encore ce rapport de Gérard Thery au premier ministre qui en 1994 expliquait à propos d’internet : « son mode de fonctionnement coopératif n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux. Le chiffre d’affaire mondial sur les services qu’il engendre ne correspond qu’au douzième du Minitel ».

La coopération est justement un mode de fonctionnement qui est pour moi une marque de fabrique de l’école et que dans mes fonctions auprès de Francis Jutand, Gilbert Lainey puis Gabrielle Landrac j’ai essayé de développer. Cette coopération si j’essaie de me rappeler je l’ai découverte lors de mon service militaire. La réalisation d’un journal qui donnait à voir la vie des appelés a été une belle expérience de coopération et de créativité. Car comment réussir à diffuser 500 exemplaires d’un petit journal interdit dans une base aérienne nucléaire sans faire preuve de créativité et de coopération. Cette expérience un peu fondatrice qui m’a valu non pas une prolongation de scolarité mais une prolongation de service militaire a aussi eu des conséquences pour mon recrutement à l’école dix ans plus tard. Je remercie ici les collègues de la CFDT qui a dû intervenir à l’époque pour qu’une expression non sanctionnée juridiquement n’interdise pas un emploi dans un établissement public.
La coopération c’est à dire la capacité à faire ensemble par l’implication de chacun.e est quelque chose que j’ai retrouvé tout au long des différents métiers exercés à l’école aussi bien dans l’évolution des services de la logistique informatique, de la bibliothèque, du service des études ou des enseignements.

Je suis fier de la dynamique de cette école où les personnes s’impliquent avec plaisir dans leur travail. Plusieurs dizaines de personnes participent au pilotage des projets, ou sont présents lorsque l’on met en place des intersemestres, des UV électives que l’on engage des chantiers comme la construction de nouvelle école, il se trouve toujours des personnes pour participer malgré des charges de travail souvent déjà bien denses.

La coopération c’est aussi une bienveillance entre les personnes qui est indispensable pour que nous ayons envie de nous impliquer. Cette bienveillance c’est aussi une reconnaissance de l’importance de l’apport de chacun qu’il soit dans une fonction support ou dans une fonction de direction. La bienveillance c’est aussi ce qui produit un plaisir de travailler ici et qui fait qu’aujourd’hui je vis ces deniers jours de travail avec une certaine nostalgie.

Pour ma part, j’ai toujours considéré le management comme une pratique d’animation qui facilite l’implication, impulse des orientations et accompagne le changement. C’est aussi ce que j’ai essayé de développer dans mes fonctions d’élu que l’école m’a permis d’exercer sur un temps partiel accommodé durant 19 ans. Je tiens à remercier les directeurs et directeurs de la formation pour cette possibilité qui m’a été donnée de mener ensemble une activité professionnelle, activité élective et activités dans des organisations nationales autour du numérique tels l’Observatoire des Télécom dans la Ville, la mission interministérielle à l’accès public, Villes internet, l’AVICCA ou le réseau des dispositifs d’accès public Créatif.

J’ai beaucoup apprécié de pouvoir développer en parallèle une même démarche contributive basée sur le faire ensemble, une attention aux initiatives, un donner à voir qui valorise celles et ceux qui font et un souci du développement des communs.
Depuis quinze ans des magazines contributifs ont plusieurs centaines de lecteurs quotidiens tant à la ville qu’à l’école. Aujourd’hui notre école est la seule école d’ingénieur en France adhérente du réseau Open Education initiée parle MIT et nous somme le seul établissement d’enseignement supérieur à mettre en réseau les innovations pédagogiques de l’enseignement supérieur francophone avec 1800 abonnés à la lettre quinzomadaire.

Je me réjouis que l’IMT ait ouvert il y a quelques jours une rubrique sur l’innovation pédagogique qui reprend nombre des publications d’Innovation Pédagogique. J’en profite pour remercier André Guyomar, Gilles, Marine et Jean Marie qui y ont contribué à créer ce magazine aujourd’hui référent en France.

C’est aussi cette dynamique coopérative qui a permis la création de doc@brest réseau coopératif professionnel qui regroupe aujourd’hui plus de 200 bibliothécaires et documentalistes du pays de Brest, avec une dynamique reprise ailleurs avec Doc@rennes et doc@Lyon. Une dynamique portée par Fanny puis Véronique et Clément. Je remercie aussi les personnes de la bibliothèque pour cette évolution structurelle vers des espaces de travail collaboratifs largement ouverts. J’en profite pour vous inviter au biblioremix de la bibliothèque de loisirs qui aura lieu jeudi de la semaine prochaine, l’occasion de vivre un atelier de co-design que vous pourrez réutiliser et revivre dans un prochain remix de l’ancien restaurant.

C’est aussi cette dynamique de coopération qui explique le succès du laboratoire des usages Marsouin qui fédère les acteurs de la recherche sur les usages du numérique des écoles et universités. Certes, la Bretagne a une longue histoire de coopération. Mais la coopération sans confiance, la coopération fermée du siècle précédent ne permet pas ce passage à l’échelle que Godefroy, Nicolas, Margot et bien d’autres ont fait vivre.

La coopération cela s’apprend aussi parce comme j’ai coutume de le dire nous avons tous appris à l’école à « cacher notre copie ». J’espère que les formations au comment faire méthodologique de la coopération, que plusieurs personnes du service tant à Brest qu’à Nantes ont ou suivre à travers la formation hybride « Animacoop  », pourront se poursuivre. Cette formation qui a concerné plus de 200 personnes est pour beaucoup dans la diffusion d’une culture de la coopération et des communs parmi les acteurs du numérique Brestois.

Ce n’est pas non plus un hasard si l’école, après des années d’implication dans des innovations pédagogiques multimédia au sein du Groupe des Ecoles des Télécom, s’est retrouvée en pointe dans le développement des MOOC avec plus d’une dizaine de cours proposés. J’ai ici une attention particulière pour les enseignants en réseau du site de Rennes et le caractère pionner du MOOC de Jean Marie Gilliot. Cette histoire des MOOC nous montre aussi comment un ingénieur, Baptiste Gautier peut devenir un enseignant pour des milliers de personnes et une référence internationale pour l’innovation pédagogique en fabrication numérique au côté du Téléfabet de la Grande Ecole numérique portés par Sylvie.

La participation au Conseil National du Numérique de 2013 à 2016 et la contribution à une partie des 13 rapports, tel celui sur la citoyenne numérique rédigés durant ces 3 années a été une belle reconnaissance et l’occasion d’une mise en perspective du travail engagé. Les recommandations du rapport sur l’enseignement supérieur restent complètement d’actualité tout comme celles sur l’évolution du travail impacté par l’automatisation ou l’IA ou vers une société numérique inclusive et soucieuse d’augmenter le pouvoir d’agir de chacun.

Télécom, numérique, transition ces trois mots traduisent bien le changement de concept que nous avons traversé en trente ans en passant des évolutions technologiques aux innovations d’usages et de services puis à la transformation de la société.

Je suis heureux que ces transitions aient été retenues comme l’axe de l’école fusionnée et je remercie Cendrine qui a permis que l’école s’engage et ait une reconnaissance nationale dans le développement durable et la RSE.

Si j’avais une regret c’est celui que la complexité de ce processus de fusion n’ait pas permis aujourd’hui d’explorer de nouvelles formes d’hybridations. Comme les compétences collaboratives, la créativité et la capacité à innover et entreprendre sont au cœur des compétences attendues pour faire vivre ces transitions et je reste persuadé que d’accueillir parmi nos étudiants d’autres excellences que celles de l’abstraction et de la formalisation, telles qu’elles sont valorisées dans les classes préparatoires, serait source de richesses.

Je vais avoir beaucoup de nostalgie à vous quitter parce que j’ai aimé travailler avec vous, que j’ai été rarement en conflit avec des personnes et que cette qualité du faire ensemble m’a été précieuse. Je remercie aussi Paul Friedel et les responsables qui ont eu à faire avec mes pas de côté mes interpellations pour des évolutions que j’aurais voulu hâter. Mais une certaine vitesse et impatience font aussi partie de mes traits de caractère. Merci aussi à Marie Catherine, Annie, Anne, Gabrielle, Philippe, Gilles pour tous les échanges et les nombreux passages d’un sujet à l’autre que je vous ai fait subir dans nos discussions.

Je pars serein d’une transition effectuée depuis plus d’un an avec Philippe et plus récemment Sylvie ; un grand merci à Marie-jo, Valérie, Elisabeth, Hervé, Dominique et toutes les personnes du service des études pour votre souci du travail bien fait d’une rigueur et d’une équité mais aussi d’une grande attention aux étudiants. Merci aussi à Sylvie et Chantal pour toutes ces années de travail ensemble et merci à toutes celles ceux avec qui j’ai travaillé dans les services et départements.

Comme vous vous en doutez peut-être j’envisage la retraite comme du temps pour moi mais aussi pour continuer des activités autour de l’innovation sociale en Bretagne et Loire atlantique avec le magazine Bretagne Créative ou le travail en réseau autour des communs et de la gouvernance contributive. Les fils tweeter, FB ou LinkedIn continueront d’être bien actifs pour celles et ceux qui ont la curiosité de partager mes veilles :-).

Je démarre aussi un projet de livre sur la coopérationpour raconter à travers mon expérience et quelques dizaines d’interviews de coopérateurs et coopératrices ,ce qui fait qu’une personne ait envie de coopérer et de partager ses innovations, contenus, projets et en monter toute l’efficience et illustrer le plaisir de coopérer.

En fait, je ne quitte pas tout à fait l’école parce qu’au travers de l’éméritat dont je remercie l’école, je vais continuer à animer le magazine Innovation pédagogique et peut-être un projet de coopérative pédagogique proposé à l’IMT.

Je vais aussi co-organiser le prochain Forum des usages coopératifs du 3 au 6 juillet dont le thème sera justement la coopération ouverte, la coopération qui donne à voir relie et autorise les réutilisations.

C’est sur cette conclusion d’un partage sincère qui donne confiance et invite à agir, indissociable de la bienveillance, de l’attention et de la confiance que je voulais conclure en vous remerciant de toutes ces belles années de travail avec vous.

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